Des écoles démocratiques pour nos enfants… mais qu’en est-il des adultes ?

La question s’est posée à moi cet été, lors de la conférence internationale de l’éducation démocratique organisée par EUDEC France. Une semaine de conférence avec l’EUDEC, c’est une semaine d’échanges, de rencontres, de débats, de remise en question ayant comme sujet central : les écoles démocratiques et, qui dit école, dit enfant.

J’ai donc rencontré à cette conférence une participante qui, suite à un échange en forum ouvert sur la question du rôle des facilitateurs dans les écoles démocratiques, partage avec moi sa frustration :

“Oui c’est génial, dit-elle, c’est super la démocratie, la CNV, la médiation et bla-bla, c’est super d’apporter ça à nos enfants, mais nous, on en est où là-dedans ? Comment peut-on apporter quelque chose à nos enfants si on n’en a pas fait l’expérience nous-même en tant qu’enfant !

Cette question m’a fait l’effet d’un retour de branche. Bien évidement on ne peut pas apporter, proposer un modèle à quiconque si on ne le vit pas déjà soi-même. Mais le problème est plus profond : dans la mesure où les adultes d’aujourd’hui ont eu un parcours scolaire aux antipodes de ce qu’une école démocratique propose en terme d’expérience, comment pouvons-nous, en tant que parents, facilitateur ou tout simplement individu apporter un cadre dont nous n’avons jamais fait l’expérience nous-même ?

“École démocratique” est une étiquette. Une école démocratique n’a rien d’une école telle que notre génération et les précédentes connaissent. Quand on dit école démocratique, on pourrait tout aussi bien dire “cadre physique et social régulé par le mode démocratique où des individus font des expériences de vie, individuelle et/ou collective et où le groupe représente et apporte un cadre bienveillant et porteur pour les individus qui le compose et où ceux-ci sont libres dans la limite imposée par le respect de la liberté d’autrui.”</font color> Du coup, il a bien fallu un terme plus court qui parle à tout le monde, ainsi parle-t-on “d’écoles démocratiques” 🙂

Pour ce qui est de l’accès aux champs d’expériences qui permettent aux individus de vivre en démocratie, le clivage adulte/enfant n’a plus de sens dans une école démocratique. On parle d’individu. Certains avec plus d’expérience de vie que d’autres, tous sur un moment différent de leur chemin de vie, mais tous égaux dans leurs droits et responsabilités. Quel que soit son âge, un individu se doit de respecter autrui. Et c’est ainsi que pour moi il n’y a que des “étudiants” au sens “personnes ayant à apprendre des autres et du monde pour avancer dans la vie” dans une école démocratique. Les adultes présents doivent, tout comme les enfants, apprendre du cadre démocratique de l’école, se remettre en question, gérer leurs propres conflits dans le contact avec le groupe…

Ainsi, il me semble que le cadre des écoles démocratiques est à la fois, pour les adultes porteurs de projet, un but et un moyen : c’est en s’investissant dans une école démocratique que l’on “rattrape le retard” et que l’on apprend par l’expérience afin d’en faire bénéficier les plus jeunes. C’est un apprentissage autonome 2en1, quoi !

C’est donc un retour de branche que j’ai reçu cet été quand j’ai réalisé que l’énergie et la passion que j’ai pour les écoles démocratiques avaient deux sources :

  1. Mon envie de permettre à d’autres de faire l’expérience d’un modèle dans lequel j’aurais voulu évoluer étant enfant…
  2. Mais aussi mon besoin de faire ces expériences d’apprentissages autonomes et d’échanges de groupes en démocratie pour moi-même, parce que, avant de pouvoir apporter à des enfants ce cadre dont nous rêvons, j’ai besoin d’en faire l’expérience par moi-même et pour moi-même.

 

Ai-je ma place ?

 

Lorsque j’ai rejoint l’Atelier des Possibles, il s’est vite posé pour moi un problème de légitimité…

Je ne suis pas enfant, je n’ai pas d’enfant et je suis matériellement très loin d’en avoir dans mon parcours de vie, je ne suis ni éducateur, ni prof (enfin, si, mais je n’enseigne pas à des enfants…). Qui-suis-je pour avoir ma place dans un collectif qui a pour but de créer une école, une école! Quelle est ma motivation ? Les écoles sont pour les enfants…

Mais les écoles démocratiques ne sont pas des écoles pour enfants. Ce sont des écoles pour individus. Et ainsi, j’ai ma place en tant qu’individu qui aspire à vivre dans une société pleinement démocratique, où les individus ont tous leur place, et non pas “quelles que soient leur différences” comme on le dit trop souvent, mais AVEC leurs différencesJ’ai ma place dans un collectif qui a pour but de promouvoir l’individu et les apprentissages autonomes au-delà de la frontière hermétique des murs d’une école traditionnelle. J’ai ma place dans un collectif à partir du moment où je me respecte et que je respecte les autres, que j’honore les responsabilités que j’ai et que je m’engage à œuvrer pour le bien et le développement de l’œuvre collective. J’ai ma place parce que comme tout individu dès sa naissance, je suis habitée par une curiosité sans limite qui me pousse à apprendre, apprendre en permanence.</font color>

Une école démocratique est pour cela un cadeau à tous.

  • –> La possibilité d’apprendre et de faire des expériences nouvelles et enrichissantes ne s’arrête pas aux quatre murs d’une salle de cours, ni aux barrières d’une école.
  • –> La possibilité d’apprendre et de faire des expériences nouvelles et enrichissantes est là tant qu’il y a un collectif pour la faire vivre, même sans bâtiment qui matérialise l’idée d’une école.

Ainsi ma rencontre avec l’Atelier des Possibles est venu pleinement répondre à ma question initiale :

Qu’en est-il des adultes dans les écoles démocratiques ?

Fondamentalement, adulte, enfant ou autre, nous sommes avant tout des individus qui, quelles que soient les caractéristiques qui les définissent, auront toujours quelque chose de nouveau à apprendre.

A l’Atelier des Possibles, je me sens respectée et acceptée pour ce que je suis et ce que je suis en mesure d’apporter, en tant qu’individu. Je ne suis ni un âge, ni un genre, ni une catégorie sociale, mais juste un individu.

En tant qu’individu, nous avons tous notre place dans une école démocratique.

Et à tous les adultes qui comme moi ont eu envie de refaire leur enfance (dans une école démocratique!) lorsqu’il ont entendu parlé pour la première fois des écoles Sudbury, de SummerHill, ou de Peter Gray, je n’ai qu’une chose à dire :

Il n’est jamais trop tard, faites votre “scolarité démocratique” maintenant

en créant une école démocratique !

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